Exposé des motifs : le texte par lequel les auteurs présentent et défendent leur proposition. C'est leur argumentation, reproduite telle quelle — pas une analyse indépendante.
MESDAMES, MESSIEURS,
Malgré la mobilisation de millions de citoyennes et de citoyens,
malgré les alertes des scientifiques, des médecins et des patients, les
parlementaires macronistes, Rassemblement National (RN) et Les
Républicains (LR) ont uni leurs voix au début de l’été pour permettre la
réautorisation de deux dangereux pesticides interdits, l’acétamipride et le
flupyradifurone, en adoptant la loi d’urgence pour la protection et la
souveraineté agricoles.
Ces substances présentent des risques pour la santé humaine, pour la
biodiversité et pour l’environnement. Elles menacent le développement des
fœtus, le cerveau de nos enfants, les abeilles et les pollinisateurs dont nous
dépendons pour nous nourrir, les oiseaux et nos eaux souterraines.
Et pourtant, l’article qui permet leur réautorisation, introduit par les
sénateurs Les Républicains (LR) et confirmé dans le huis clos de la
commission mixte paritaire, n’a été ni débattu ni voté à l’Assemblée
nationale ! Cette proposition de loi entend remédier à ce scandale
démocratique et sanitaire. Elle permettra à chaque parlementaire de se
prononcer et de prendre ses responsabilités pour protéger nos enfants et
notre avenir commun.
À l’hiver 2025-2026, les agriculteurs et les agricultrices se sont
mobilisés partout en France contre le traité de libre-échange avec le
Mercosur, contre la gestion terriblement brutale de la crise sanitaire de la
Dermatose nodulaire contagieuse par le Gouvernement, et pour le droit à
un revenu digne.
Instrumentalisant ces mobilisations au profit de l’agro-industrie, le
gouvernement de M. Sébastien Lecornu y a répondu en présentant un
projet de loi prétendument « d’urgence agricole » qui ne répondait en rien
aux attentes et aux besoins.
En effet, le traité de libre-échange avec le Mercosur est entré en
vigueur et l’essor des accords de libre-échange se poursuit. L’abattage total
systématique des troupeaux contaminés est toujours prévu par les
protocoles sanitaires. Le revenu des agriculteurs n’est toujours pas garanti
par des prix plancher rémunérateurs, supérieurs aux coûts de production,
malgré les promesses du Président de la République Emmanuel Macron
en 2024 et le fait que l’Assemblée nationale en ait voté le principe à deux
reprises, en 2024 et 2026.
Cette loi, en revanche, a servi à une chose : faire passer en force le
retour de deux insecticides interdits, l’acétamipride, appartenant à la
famille des néonicotinoïdes, et le flupyradifurone, un insecticide de la
famille des buténolides présentant un mode d’action neurotoxique similaire
à celui des néonicotinoïdes.
Ainsi, l’article 6 de la loi d’urgence pour la protection et la
souveraineté agricoles du 18 août 2026 prévoit que, sous réserve que
certaines conditions soient réunies, l’Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) permette de
déroger à l’interdiction de l’utilisation de l’acétamipride pour la culture de
noisettes, de déroger à l’interdiction de l’utilisation du flupyradifurone pour
les cultures de cerises et de pommes, et de déroger à l’interdiction de
l’utilisation des semences traitées avec du flupyradifurone pour les
betteraves sucrières.
Les dangers de ces pesticides pour la biodiversité, pour
l’environnement et pour la santé sont pourtant abondamment documentés.
Et de tous côtés, scientifiques, médecins et citoyens ont alerté pour faire
connaître ces risques à toutes et tous. Personne ne pourra dire qu’il ne
savait pas.
Dès juin 2025, dans une tribune publiée dans Le Monde, les plus
grandes sociétés savantes médicales alertaient contre le retour de
l’acétamipride prévu par la loi Duplomb, appelant à éviter de « répéter les
erreurs du passé, responsables de scandales sanitaires majeurs comme
ceux de l’amiante, ou du chlordécone dans les bananeraies antillaises ».
Un mois plus tard, en juillet 2025, le Conseil national de l’Ordre des
médecins alertait à nouveau contre la loi Duplomb : « Nous déplorons
l’écart persistant entre les connaissances scientifiques disponibles et les
décisions réglementaires. Ce décalage compromet l’application effective
du principe constitutionnel de précaution. Sur le plan médical, nous
affirmons que le doute n’est pas raisonnable lorsqu’il s’agit de substances
susceptibles d’exposer la population à des risques majeurs ».
Plusieurs pétitions contre la loi Duplomb ont ensuite réuni des millions
de signatures, notamment celles examinées à l’Assemblée nationale « Non
à la loi Duplomb » (2 131 368 signatures avant la date limite du
2 décembre 2025) ou « Non c’est non, Monsieur Duplomb ! »
(432 588 signatures).
Le 16 juillet dernier, le vice-président de l’Ordre national des
médecins, en charge de la santé environnementale, M. Didier Spindler,
dénonçait à nouveau le retour de l’acétamipride et du
flupyradifurone : « On a affaire quand même à des gens instruits,
éduqués, intelligents, qui comprennent très bien ce qu’on leur dit mais qui,
pour des idéologies purement politiques, s’arcboutent sur des décisions
qui vont à l’encontre de la santé publique ». Il souligne que ces pesticides,
une fois pulvérisés, « vont avoir une action toxique pour la population et
malheureusement pour les agriculteurs eux-mêmes », qu’en « défendant
la population, on défend aussi le monde agricole » et qu’ « il ne faut donc
pas s’arcbouter sur des traitements phytosanitaires dont la dangerosité
pour la population est avérée. »
Encore récemment, la Société française d’hématologie, l’association
Médecins du monde, la Société nationale française de médecine interne, la
Fondation Arc pour la recherche sur le cancer, associées à de nombreux
autres scientifiques et associations ont adressé une contribution commune
au Conseil constitutionnel pour lui demander de censurer le retour de ces
pesticides en alertant sur leurs risques pour la santé humaine.
En effet, l’acétamipride et ses résidus ont été retrouvés dans de
nombreux compartiments du corps humain : sang, urine, cheveux, sperme,
lait maternel, liquide folliculaire par exemple. La capacité de la substance à
franchir les barrières corporelles humaines est avérée et sa présence a été
décelée dans le liquide céphalo-rachidien, le plasma et l’urine d’enfants.
La substance est classée reprotoxique de catégorie 2 (reprotoxicité
suspectée) par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) et de
multiples autres travaux qui n’ont à ce stade pas tous été pris en compte par
l’ECHA pointent vers un risque encore plus important.
De très nombreuses études indiquent en effet que l’acétamipride est
une molécule altérant la fertilité, toxique pour le développement des
fœtus et pour le développement du système nerveux.
Des études menées chez l’humain concernant la reprotoxicité de
l’acétamipride identifient par exemple une association positive entre
l’exposition à la substance et un retard de croissance intra-utérin, une
réduction du nombre d’ovocytes matures, d’ovocytes fécondés et
d’embryons de bonne qualité chez des femmes prises en charge pour une
fécondation in vitro.
En ce qui concerne la neurotoxicité, des études observationnelles chez
l’humain montrent aussi notamment une association positive entre une
exposition prénatale à l’acétamipride et une diminution du périmètre
crânien des nouveau-nés, ainsi qu’à des difficultés émotionnelles ou de
l’hyperactivité chez les enfants âgés de 3 à 6 ans.
L’avis du Conseil d’État du 26 mars 2026 souligne par ailleurs qu’en
raison « de préoccupations persistantes concernant, d’une part, les effets
de perturbation endocrinienne de cette substance, non exclus par
l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) à ce stade bien que
jugés d’une probabilité faible, et d’autre part, ses incidences sur le
développement du système nerveux, la Commission européenne a
significativement abaissé les valeurs de référence admises dans les
produits proposés à la consommation et a initié un réexamen anticipé de
l’approbation de la substance sur le fondement de l’article 21 du règlement
(CE) n° 1107/2009. ».
Ce réexamen anticipé de l’approbation de l’acétamipride au niveau
européen, déclenché en 2024 et toujours en cours, témoigne ainsi de
préoccupations grandissantes concernant les effets de l’acétamipride
sur la santé humaine, notamment concernant sa neurotoxicité
développementale.
Enfin, même si le potentiel cancérigène de l’acétamipride est peu
documenté, une étude suggère des effets pro-métastatiques de
l’acétamipride sur des cellules de cancer du sein chez la souris par effet
agoniste sur le récepteur GPER, et une autre étude suggère un lien entre
l’exposition à six néonicotinoïdes et leurs métabolites et le cancer du foie
chez l’humain.
La toxicité pour la biodiversité et les risques pour l’environnement
de l’acétamipride et du flupyradifurone sont par ailleurs mis en évidence
par de multiples recherches, en particulier pour les abeilles et les
pollinisateurs, la vie aquatique, les eaux souterraines et les oiseaux, mais
aussi pour des auxiliaires des cultures comme les coccinelles ou les
araignées ou pour les vers de terre.
De nombreuses études ont démontré la toxicité de l’acétamipride pour
diverses espèces de pollinisateurs, notamment ses effets sublétaux :
réduction de l’espérance de vie, altération des capacités de butinage et de la
mobilité, détérioration de la mémoire olfactive et des capacités cognitives,
altération du développement des larves.
L’ECHA classe par ailleurs l’acétamipride comme très toxique pour la
vie aquatique, et l’un de ses métabolites est considéré comme persistant
dans l’environnement.
De même, le flupyradifurone présente des risques clairement
identifiés et durables pour les pollinisateurs et pour la vie aquatique.
La substance s’infiltre de façon préoccupante dans les eaux
souterraines et les contamine durablement et elle est classée très toxique
pour la vie aquatique, avec des effets à long terme, par l’ECHA.
Sa très forte toxicité pour les abeilles et les pollinisateurs est
également mise en évidence par de nombreuses études, notamment, comme
pour l’acétamipride, avec de très forts effets sublétaux qui affectent leur
développement, leur comportement et leur espérance de vie. Le rapport
produit par la Grèce dans le cadre du réexamen anticipé de la substance
conclut à ce stade qu’en l’état actuel des connaissances, le risque pour les
abeilles ne peut pas être considéré comme acceptable pour les usages en
plein champ du flupyradifurone, ce qui devrait conduire à l’interdiction de
la substance.
Le flupyradifurone est par ailleurs considéré comme persistant dans
l’environnement, où il reste présent pendant plusieurs années et se
dégrade notamment en acide difluoroacétique (DFA), un composé
chimique appartenant à la famille des substances perfluoroalkylées (PFAS)
qui ne se dégrade que très lentement dans le milieu naturel et peut être
significativement réabsorbé par les cultures des années suivantes.
La persistance dans l’eau de ces pesticides ou de leurs métabolites
implique notamment pour la collectivité de vraisemblables coûts de
dépollution des captages d’eau potable, voire de nouvelles fermetures de
captages, à l’heure où la ressource en eau se fait de plus en plus rare. Leur
réautorisation pourrait donc accélérer encore la raréfaction de la ressource
et générer de nouveaux conflits d’usage. Depuis 1980, 14 640 captages
d’eau ont déjà fermé en France, dont près de 1 900 en raison de leur
contamination par les pesticides ou les nitrates utilisés en agriculture.
Ainsi, dans son avis du 26 mars 2026 sur la proposition de loi
Duplomb du 30 janvier 2026, le Conseil d’État conclut « qu’il résulte de
l’état des connaissances sur l’acétamipride et le flupyradifurone rappelé
au point précédent que l’usage de produits composés de ces substances
présente des incidences avérées pour l’environnement et des risques pour
la santé humaine et qu’il est en outre susceptible d’engendrer des
dommages dont la réalisation, bien qu’incertaine en l’état des
connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et
irréversible l’environnement. »
De même, saisi notamment par les députés de la France insoumise et
du groupe Écologiste et social, le Conseil constitutionnel a reconnu dans sa
décision du 14 août 2026 que l’acétamipride et le flupyradifurone « ont des
incidences sur la biodiversité, en particulier pour les insectes
pollinisateurs et les oiseaux, ainsi que des conséquences sur la qualité de
l’eau et des sols et induisent des risques pour la santé humaine. »
Dès lors que le Conseil constitutionnel, bien qu’ayant reconnu les
risques qu’ils présentent, n’a pas censuré le retour de ces pesticides, il
appartient au législateur d’intervenir pour garantir la protection de la santé
humaine, de la biodiversité, de l’environnement et notre souveraineté
alimentaire. C’est pourquoi l’article unique de cette proposition de loi
vise à rétablir l’interdiction de l’acétamipride et du flupyradifurone,
en abrogeant les II ter à II quinquies de l’article L. 253-8 du code rural et
de la pêche maritime introduits par l’article 6 de la loi d’urgence pour la
protection et la souveraineté agricoles du 18 août 2026.