Exposé des motifs : le texte par lequel les auteurs présentent et défendent leur proposition. C'est leur argumentation, reproduite telle quelle — pas une analyse indépendante.
MESDAMES, MESSIEURS,
« Lorsqu’un militaire perd la vie en opération,
en service, ou en dehors, la Nation doit soutien et
assistance à ses proches en reconnaissance de son
engagement. »
M. Sébastien Lecornu, ministre des armées et
des anciens combattants, le 13 juillet 2024.
La condition militaire est au fondement même de la résilience
nationale et du lien Armée-Nation. Elle exige de la part de celui qui
s’engage dans les armées, discipline, disponibilité, loyalisme, esprit de
sacrifice, pouvant aller jusqu’au sacrifice suprême. Cet état, qui implique
un grand nombre de devoirs, n’est pas sans conséquences pour les familles
et leurs proches qui doivent faire preuve d’une grande abnégation. En
retour, l’engagement du militaire mérite la reconnaissance de toute la
Nation sans laquelle, notre capacité de défense serait ébranlée.
Dans ce contexte, il n’est pas acceptable que des soldats de France,
décédés accidentellement durant des exercices opérationnels ou des
entraînements militaires, n’aient toujours pas droit à la mention » Mort
pour le service de la Nation », instituée par l’article 12 de la loi du
21 décembre 2012 relative à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme et
qui permet de rendre hommage à tout « militaire tué en service ou en raison
de sa qualité. »
Au-delà de l’importance du symbole, l’attribution de cette mention
ouvre l’accès à des compensations financières et matérielles, comme le
versement d’une pension de réversion à taux plein, ou l’octroi du statut de
« pupille de la Nation » aux enfants du militaire décédé.
Pendant la période 2012-2015, des militaires décédés en service sur le
territoire national ont été reconnus « Morts pour le service de la Nation » et
les familles ont pu compter sur une protection à la hauteur du sacrifice
consenti. Cette parenthèse a été refermée par le décret n° 2016-331 du
18 mars 2016 qui a considérablement restreint l’octroi du statut et l’a
réservé aux militaires décédés du fait « de l’acte volontaire d’un tiers ».
Depuis, les militaires décédés accidentellement lors d’un entraînement,
d’un exercice de préparation opérationnelle ou en mission intérieure
(OPINT) ne se voient plus attribuer cette mention mais celle, laconique, de
« Mort en service ».
À titre d’exemple, un officier du 4e régiment d’hélicoptères des forces
spéciales (4e RHFS), présentant des états de service exemplaires, a trouvé
la mort le 2 février 2018, avec quatre de ses frères d’armes, dans un
accident d’hélicoptères à l’occasion d’un vol de formation. Il totalisait plus
de 900 heures de vol dont 200 de nuit (1). Est-il juste qu’il ne soit pas
reconnu « Mort pour le service de la Nation » alors qu’une mention
analogue (la citation à l’ordre de la Nation) a été attribuée par le ministre
de l’Intérieur à un officier CRS, membre d’une unité de secours de
montagne, décédé dans un accident d’hélicoptère le 8 décembre 2020 (2) ?
Est-il juste qu’un adjudant-chef du 3e RPIMA, décédé en 2017 dans un
accident de blindé, alors qu’il préparait sa quatorzième opération
extérieure, ne soit pas, lui non plus, reconnu « Mort pour le service de la
Nation » ? Est-il juste que, suite à un accident de montagne en janvier 2016
d’où cinq légionnaires trouvèrent la mort, seul celui de nationalité française
ait été reconnu ?
Ces militaires évoluaient dans des conditions très proches de la guerre
réelle et exerçaient des missions de préparation qui les exposaient à la mort
ou à la blessure. Dès lors, la mort de ces serviteurs de la France méritait la
reconnaissance de la Nation et le soutien indéfectible de l’État à leur
famille.
Pourtant, leurs enfants ne sont pas reconnus comme « Pupilles de la
Nation » et les conjoints ne bénéficient que d’une pension de réversion à
taux réduit. Aussi, cette mention ne faisant aucune distinction entre les
militaires qui décèdent accidentellement dans des conditions très proches
d’un engagement réel et ceux qui trouvent la mort dans des accidents de la
vie courante, elle suscite la colère légitime des familles tant elle est source
d’injustice.
Contrairement à ce qui est souvent avancé par les précédents
Gouvernements, cette injustice n’a jamais été corrigée par la création,
en 2021, de la mention « Mort pour le service de la République » qui
s’adresse à l’ensemble des personnels de sécurité mais aussi aux bénévoles
qui ont trouvé la mort dans des circonstances exceptionnelles, en ayant
accompli un acte de bravoure ou au cours d’un exercice présentant un
(1) Biographie du commandant Sébastien Grève, |ministère des armées et des anciens combattants.
(2) Morts pour le service de la Nation - Amaury Lagroy de Croutte de Saint-Martin - Mémoire des
hommes.
risque particulier. Plus récemment, le décret n° 2022-425 du 25 mars 2022
a reconnu comme éligible à ce statut, le personnel sanitaire dont le décès
est imputable au covid-19.
Outre sa valeur honorifique, la mention « Mort pour le service de la
République » assimile le statut particulier des militaires à celui des civils.
Le métier des armes n’étant pas un métier comme les autres,
l’engagement militaire participe d’un rang qui le distingue de tout autre
engagement civil.
C’est la raison pour laquelle de nombreuses familles réclament que
leur soit étendue l’attribution de la mention « Mort pour le service de la
Nation », ainsi que l’attribution des droits qui y sont attachés. Ils étaient des
soldats de France, ils sont morts au service de la France, ils ne doivent plus
être les oubliés de la Nation.
Tel est le sens de la présente proposition de loi.