Exposé des motifs : le texte par lequel les auteurs présentent et défendent leur proposition. C'est leur argumentation, reproduite telle quelle — pas une analyse indépendante.
MESDAMES, MESSIEURS,
Depuis 2017, le mouvement #MeToo et la Commission indépendante
sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) ont levé
le voile sur une réalité longtemps ignorée : les violences sexistes ou
sexuelles constituent l’une des atteintes aux droits humains les plus
massives et les plus tolérées en France. Elles touchent toutes les sphères de
la société, tous les milieux sociaux et toutes les générations. Elles frappent
d’abord les femmes et les enfants et sont, dans l’immense majorité des cas,
commises par des hommes, le plus souvent connus des victimes. Ainsi,
93 % des victimes majeures de viol sont des femmes, tandis que 97 % des
personnes mises en cause sont des hommes (1). En 2021, près de
250 000 personnes ont subi des violences sexuelles physiques en France (2).
Malgré cette prise de conscience collective, la réponse institutionnelle
demeure défaillante. Entre 2017 et 2023, les faits enregistrés pour violences
sexuelles ont augmenté de 282 % (3). Si cette hausse reflète en partie la
libération de la parole des victimes, elle ne s’est pas traduite par une
réponse pénale suffisamment efficace. En 2021, 73 % des plaintes pour
violences sexistes et sexuelles ont été classées sans suite, une proportion
qui atteint 94 % pour les affaires de viol (4). Entre 2016 et 2024, les plaintes
pour viol sur majeur ont été multipliées par trois, celles pour agression
sexuelle par deux tandis que les condamnations pour viol n’ont augmenté
que de 30 % (5).
Les mineurs ne sont pas épargnés : 160 000 enfants sont victimes de
violences sexuelles en France (6), un enfant sur cinq en Europe (7). Seules
1 % des affaires d’inceste aboutissent finalement à une condamnation8.
Pourtant, dans près de 80 % des cas, les violences sont commises au sein de
1 Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes, Mettre fin au déni et à l'impunité face aux
viols et agressions sexuelles, 25 septembre 2025
2 Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), Vécu et ressenti en matière de
sécurité (VRS), enquête 2022 portant sur les faits commis en 2021
3 Franceinfo, « Violences faites aux femmes : des organisations proposent 140 mesures pour lutter »,
22 novembre 2024
4 Institut des politiques publiques (IPP), Maëlle Stricot, Le traitement judiciaire des violences
sexuelles et conjugales en France, avril 2024 (données CASSIOPÉE, ministère de la Justice, 2012-2021)
5 Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes, Mettre fin au déni et à l'impunité face aux
viols et agressions sexuelles, 25 septembre 2025
6 Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE),
Violences sexuelles faites aux enfants : on vous croit, rapport public du 17 novembre 2023
7 Conseil de l'Europe, campagne « Un sur Cinq » (Convention de Lanzarote), juin 2025
8 CIIVISE, Violences sexuelles faites aux enfants : on vous croit, rapport du 17 novembre 2023
la famille, par un proche de la victime (9). Sur Internet, 30 % des mineurs
sont exposés à des contenus pornographiques au moins une fois par
mois (10). De la même manière, la culture de la pédocriminalité se banalise
et se diffuse ensuite dans la vie réelle.
Parallèlement, une femme sur deux a déjà été victime de violences
sexuelles et sexistes (11), et la moitié de ces violences sont commises dans le
cadre familial (12) : en 2023, 271 000 personnes ont été victimes de
violences conjugales, soit une hausse de 10 % en un an (13). En 2025,
164 femmes ont été tuées parce qu’elles étaient des femmes (14).
Ces chiffres dessinent un constat sans appel : l’impunité demeure trop
souvent la norme, nourrie par un manque criant de moyens, un déficit de
protection et d’accompagnement, une formation insuffisante des
professionnels et un système judiciaire encore insuffisamment adapté au
traitement des violences sexuelles et sexistes.
Dans ce contexte alarmant, la lutte contre les violences faites aux
femmes et la protection des enfants ont pourtant été érigées en grandes
causes du quinquennat de M. Emmanuel Macron en 2017, puis réaffirmées
en 2022 lors de sa réélection. Cela s’est aussi traduit à travers plusieurs
dispositions inscrites dans la loi telles que l’allongement à trente ans du
délai de prescription pour les crimes sexuels commis sur les enfants, ou
plus récemment encore, la loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et réguler
l’espace numérique qui permet un blocage rapide des sites pornographiques
ne contrôlant pas l’âge de leurs utilisateurs ou obligeant les hébergeurs à
retirer dans un délai de vingt‑quatre heures les contenus
pédopornographiques qui leur sont signalés par la police et la gendarmerie.
Sans oublier enfin la loi constitutionnelle du 8 mars 2024 relative à la
liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) faisant de
la France le premier pays au monde à faire référence au droit à l’IVG dans
son texte fondamental.
9 Plan de lutte contre les violences faites aux enfants 2023-2027, ministère des Solidarités, novembre
2023
10 Arcom, Fréquentation des sites adultes par les mineurs, étude publiée en mai 2023 (données
Médiamétrie 2022)
11 Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne (FRA), La violence à l'égard des femmes :
une enquête à l'échelle de l'UE, 2014
12 Ministère de l'Intérieur / Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), Victimes
de violences physiques et sexuelles enregistrées : en hausse en 2025, en particulier pour les violences
physiques envers les mineurs, février 2026
13 Ministère de l'Intérieur / SSMSI, Les violences conjugales enregistrées par les services de sécurité
en 2023, Interstats
14 NousToutes, décompte des féminicides 2025 (arrêté au 31 décembre 2025)
Force est de constater que ces avancées, pour la plupart obtenues de
manière transpartisane, ne suffiront pas à éradiquer les violences contre les
femmes et les enfants et que nous devons aller encore plus loin dans les
moyens et les réformes afin de faire de la protection des victimes une réelle
priorité nationale.
Plus récemment, le meurtre et le viol de la jeune Lyhanna, dans le
Gers, ont suscité un bouleversement collectif. L’affaire de
Mme Gisèle Pelicot, droguée à son insu par son mari et violée pendant des
années par des dizaines d’hommes, a, elle aussi, tragiquement rappelé la
brutalité des violences sexistes et sexuelles faites aux femmes. L’affaire de
M. Joël Le Scouarnec, ancien chirurgien reconnu coupable de viols et
d’agressions sexuelles sur 299 victimes, a quant à elle mis en lumière
l’ampleur des violences sexuelles commises sur les mineurs, y compris
dans des institutions censées les protéger. Ces affaires, aussi différentes
soient-elles, ont toutes profondément ému la société française. Elles
révèlent les failles de notre système de prévention, de détection et de
réponse judiciaire et témoignent du fait que les violences sexistes et
sexuelles ne sont ni exceptionnelles, ni isolées, ni inéluctables. Elles
démontrent que ces violences sont structurelles, systémiques et
profondément enracinées dans des rapports de domination. Il est désormais
indispensable de transformer ce sursaut collectif en une avancée politique
concrète, ambitieuse et durable, afin que cette mobilisation historique ne
devienne pas un rendez-vous manqué.
Ainsi, une coalition pour une loi intégrale contre les violences sexistes
et sexuelles, issue de la mobilisation conjointe d’organisations associatives
et syndicales féministes et enfantistes, s’est créée en octobre 2024. Cette
coalition a produit 140 recommandations, fondées sur l’expertise du terrain,
la parole des victimes, les savoirs professionnels et la recherche, afin de
repenser globalement la prévention, la protection, la justice,
l’accompagnement et la réparation. Elle affirme que la lutte contre les
violences sexistes et sexuelles faites aux femmes est indissociable des
violences faites aux enfants : elles relèvent d’un même continuum de
domination et d’un même impératif de protection.
Ce travail collectif inédit a conduit, en janvier 2025, à la création d’une
coalition parlementaire composée de députés et sénateurs chargés de
traduire en droit ces 140 recommandations. En dix mois, plus de trente
auditions et une vingtaine de réunions de travail ont permis de consolider
ces recommandations. La présente proposition de loi et la proposition de loi
organique qui l’accompagne en sont les aboutissements.
Nos propositions se sont également appuyées sur les récents travaux de
la CIVIISE ainsi que les commissions d’enquête parlementaires sur les
violences sexistes et sexuelles dans le monde de la culture, sur l’affaire dite
« Bétharam » et plus récemment celle sur l’inceste et les parents
protecteurs qui sont venus expliciter les mécanismes à l’œuvre dans nos
institutions et dans notre environnement.
La loi intégrale que les auteures et auteurs de la présente proposition
de loi entendent promouvoir est conçue pour être opérationnelle et
immédiatement actionnable afin de protéger les victimes de violences
sexistes ou sexuelles et mettre fin à l’impunité. Notre approche embrasse
l’ensemble des sphères dans lesquelles les violences s’exercent : justice,
police, santé, éducation, travail, enfance, enseignement supérieur,
numérique, etc. Elle s’attaque à toutes les formes de violences sexistes ou
sexuelles envers les femmes et les enfants, que celles-ci se produisent au
sein de la famille ou en dehors, en ligne ou hors ligne, dans les
commissariats ou les tribunaux, dans la sphère médicale ou le milieu
professionnel. Elle vise à supprimer les angles morts du droit, à mieux
protéger les publics les plus exposés (femmes et enfants en situation de
handicap, femmes migrantes, mineurs) et à garantir un accompagnement
digne, une prise en charge adaptée, une justice accessible et une prévention
des violences enfin efficace.
Par ailleurs, cette ambition intégrale ne peut se réaliser sans une prise
en compte explicite des territoires d’outre-mer. En 2018, 15,2 % des
femmes interrogées à La Réunion, 17,7 % en Martinique et 18,9 % en
Guadeloupe déclaraient des violences au sein du couple, contre 5,4 % dans
l’Hexagone. Les violences subies avant dix-huit ans dans la famille ou
l’entourage proche y concernent respectivement 26,1 %, 26,2 % et 27,5 %
des femmes, contre 17,6 % dans l’Hexagone (15). Les données récentes
confirment une forte hausse des victimes enregistrées : selon le service
statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), le nombre de
victimes de violences sexuelles enregistrées dans les territoires ultramarins
est passé de 2 903 en 2020 à 5 132 en 2025 (+76,8 %), et celui des
violences intrafamiliales de 14 065 à 22 298 (+58,5 %) (16). Ces violences
s’inscrivent dans des contextes territoriaux particuliers. La précarité du
logement, l’insularité voire la double-insularité, l’éloignement, la rareté des
professionnels spécialisés et l’inégale présence des services publics
15 Institut national d'études démographiques (INED), enquête Virage dans les Outre-mer (Violences et
rapports de genre), 2018
16 Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), Insécurité et délinquance en 2025 :
bilan statistique et atlas départemental de la délinquance enregistrée, janvier 2026 (données territoriales
couvrant les DROM et COM, 2016-2025).
peuvent retarder le repérage, la mise à l’abri et l’accès aux soins ou à la
justice. La forte interconnaissance fragilise en outre la confidentialité et
complique la révélation des faits : à La Réunion, l’enquête Virage montre
d’ailleurs que les auteurs de violences dans l’espace public sont moins
souvent des inconnus que dans l’Hexagone. Ces réalités appellent des
réponses construites au plus près des populations. Au fil de ses articles, la
présente proposition de loi entend garantir une égale effectivité de la
protection sur l’ensemble du territoire de la République.
Une loi intégrale apparaît d’autant plus nécessaire qu’elle s’inscrit
pleinement dans la dynamique européenne, alors que la France devra
intégrer, dans les années à venir, les dispositions issues de la directive
(UE) 2024/1385 du 14 mai 2024 relative à la lutte contre la violence à
l’égard des femmes et la violence domestique.
Tous ces travaux ont abouti à une architecture législative organisée
autour de plusieurs volets.
Le premier volet constitue l’article chapeau de la présente proposition
de loi. Il introduit dans le code pénal une définition et une classification
communes permettant de recenser l’ensemble des violences sexistes et
sexuelles ainsi que des violences intrafamiliales. Cette disposition vise à
donner une cohérence d’ensemble à la réponse apportée à ces violences, en
reconnaissant leur diversité, leur continuité et leur caractère systémique.
Elle constitue ainsi le socle juridique sur lequel s’articulent les différentes
mesures de prévention, de protection des victimes et de répression prévues
par la présente proposition de loi.
Le deuxième volet réforme en profondeur notre système judiciaire et
de police afin de mieux protéger les victimes de violences sexistes et
sexuelles. Il prévoit notamment la création d’unités et de juridictions
spécialisées, la formation obligatoire des professionnels du droit et des
experts judiciaires, ainsi que la définition d’un socle d’actes d’enquête
obligatoires. Il encadre également les investigations portant sur les
antécédents sexuels des victimes, renforce leur place dans le procès et
améliore leur accès à l’aide juridictionnelle. La création de véritables
juridictions spécialisées vise ainsi à répondre aux failles structurelles de
notre système judiciaire, qui contribuent au classement sans suite de 73 %
des plaintes pour violences sexistes et sexuelles. Il se prolonge par une
proposition de loi organique visant à adapter l’autorité judiciaire à la lutte
contre les violences sexuelles et intrafamiliales, qui comporte trois articles.
Le troisième volet renforce la réponse pénale aux violences sexistes,
sexuelles et intrafamiliales, en supprimant le devoir conjugal, en étendant
le mécanisme de prescription glissante et en aggravant les peines lorsque
les faits sont commis dans des circonstances aggravantes. Il crée par
ailleurs un crime spécifique d’inceste, afin de mieux reconnaître la
singularité et la gravité de ces violences. Enfin, ce volet renforce la lutte
contre les cyberviolences sexistes et sexuelles commises à l’encontre des
femmes et des enfants, en établissant un cadre spécifique pour leur
prévention, leur détection et leur répression dans l’espace numérique.
Viennent ensuite, dans un quatrième volet, les dispositions consacrées
à la protection des enfants, qui instaurent des mécanismes de détection
systématique, de signalement, de prévention et de protection, renforcent les
enquêtes et expertises dédiées, généralisent l’accompagnement
médico‑psychologique spécialisé et garantissent que chaque enfant victime
ou exposé à des violences sexuelles soit identifié, entendu, protégé et
accompagné sur le long terme.
Le cinquième volet est consacré à la lutte contre les violences sexistes
et sexuelles au sein de l’enseignement supérieur, en réformant les
procédures disciplinaires applicables aux enseignants-chercheurs et aux
usagers. Il fait évoluer la composition des sections disciplinaires, renforce
la protection et l’information des victimes et ouvre à celles-ci de nouveaux
droits de saisine, de récusation et de recours.
Le sixième volet renforce la prévention, la détection et la prise en
charge des victimes d’agressions sexuelles, de harcèlement sexuel et
d’agissements sexistes dans le milieu professionnel. La Convention n° 190
de l’Organisation internationale du travail (OIT) a reconnu le rôle essentiel
du monde du travail dans la prévention, le repérage et l’accompagnement
des victimes de violences sexistes et sexuelles, y compris lorsque ces
violences sont commises en dehors de la sphère professionnelle. C’est
pourquoi ce volet inscrit la prévention de ces violences dans la négociation
collective des entreprises et des branches professionnelles, rend obligatoire
la formation des salariés et des référents sur ces questions et prévoit
l’élaboration d’un document-type afin de protéger les travailleurs à
domicile. Il permet la détection avec un protocole-type de signalement et
de traitement des faits, assorti d’une pénalité financière en cas de
manquement de l’employeur. Enfin, il garantit l’accompagnement avec
l’information de tout agent public victime de son droit à bénéficier de la
protection fonctionnelle dès le premier signalement et crée un congé ou une
autorisation d’absence permettant à tous les salariés et agents d’effectuer
les démarches rendues nécessaires par les violences subies. Afin d’assurer
l’effectivité de ces dispositions, il est nécessaire de renforcer les moyens et
les effectifs de l’inspection du travail.
Le septième volet articulé sur la santé affirme le rôle déterminant des
professionnels du soin dans la lutte contre les violences sexistes ou
sexuelles : formation obligatoire aux violences et au psychotraumatisme,
protocoles de signalement renforcés, reconnaissance et prise en charge des
soins liés aux violences sexistes et sexuelles, prévention et sanction des
violences gynécologiques et obstétricales et accompagnement global des
victimes.
Enfin, des dispositions spécifiques viennent combler les angles morts
du droit et renforcer la protection contre des formes de violences trop
longtemps invisibilisées, telles que les mariages forcés ou les violences
subies par les personnes étrangères et en situation de handicap.
La prévention occupe une place centrale dans cette proposition de loi.
Elle irrigue l’ensemble de ses volets : formation initiale et continue
obligatoire imposée à l’ensemble des professionnels concernés (policiers et
gendarmes, magistrats, professionnels de santé, acteurs de l’enseignement
supérieur, employeurs et salariés) ou encore repérage systématique des
violences dès le plus jeune âge à travers l’entretien individuel annuel pour
tous les enfants. Cette logique préventive, qui infuse chaque titre du texte,
traduit la conviction que la lutte contre les violences sexistes et sexuelles ne
peut se limiter à la réponse pénale et à la réparation : elle doit agir en
amont, sur les représentations, les pratiques professionnelles et les
comportements.
Nous sommes pleinement conscients, à cet égard, de l’importance des
dispositifs d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS)
dès le plus jeune âge, condition indispensable d’une prévention efficace des
violences sexistes et sexuelles. Des interrogations demeurent néanmoins
quant aux moyens humains, financiers et matériels nécessaires à leur
généralisation effective sur l’ensemble du territoire, ainsi qu’aux modalités
d’évaluation de leur mise en œuvre. Ces enjeux relèvent avant tout de choix
budgétaires et d’actes réglementaires et n’ont donc pas vocation à trouver
leur place dans la présente proposition de loi.
Ainsi, chaque mesure s’inscrit dans une stratégie globale et cohérente
associant prévention, formation, accompagnement, prise en charge,
protection et sanction. Des solutions existent et sont à portée de main. Pour
faire reculer les violences sexuelles et sexistes, nous appelons à un pilotage
politique au plus haut niveau de l’État, à des moyens dédiés dans le budget
(environ 3 milliards d’euros), à une gouvernance transparente ainsi qu’à
une politique ambitieuse de prévention, d’éducation au respect et à la
sexualité, d’information du public et de repérage systématique des
violences. Nous défendons une justice qui protège et qui juge, avec des
juridictions spécialisées, des délais raccourcis et une coordination
renforcée, un monde du travail et de la santé mobilisés pour la prévention
et la prise en charge et un arsenal pénal complet pour mettre fin à
l’impunité, combler les angles morts du droit et prévenir les récidives.
Un budget conséquent de mise en œuvre de la loi intégrale devra donc
être prévu, pour cette année comme pour les années à venir. Mais il faut
rappeler que le coût du déni pèse bien plus lourdement sur la société.
D’après la CIIVISE, les violences sexuelles faites aux enfants représentent
un coût annuel de 9,7 milliards d’euros pour la société (17). Une partie de
cette somme tient aux conséquences à long terme sur la santé des victimes
et aux pertes de productivité qui en découlent (absentéisme, arrêts de
travail, etc.). Le reste recouvre la surconsommation médicale, des prises en
charge spécialisées trop tardives, ainsi que le coût des services de police, de
la justice et de l’action sociale. Au regard de ce coût du déni,
l’investissement demandé – de l’ordre de 3 milliards d’euros – apparaît
soutenable. Il ne s’agit pas d’une dépense, mais bien d’un investissement :
chaque euro engagé dans la prévention, le repérage et la prise en charge des
victimes réduit d’autant la facture, humaine et financière, que la société
acquitte aujourd’hui dans l’inaction.
Il est donc temps que la France cesse d’être un pays où les violences
sexuelles sont massives, banalisées, impunies et amplifiées par des
défaillances structurelles de prévention, de protection et de justice.
Le titre Ier consacre une définition des violences sexuelles, sexistes et
intrafamiliales.
L’article 1er constitue l’article chapeau de la présente proposition de
loi. Il introduit dans le code pénal une définition et une classification
communes permettant de recenser l’ensemble des violences sexistes et
sexuelles ainsi que des violences intrafamiliales.
L’article 2 crée une instance indépendante, nommée Autorité de lutte
contre les violences sexuelles et intrafamiliales, chargée d’évaluer
l’application et l’efficacité des mesures de lutte contre les violences
17 Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE),
Violences sexuelles faites aux enfants : le coût du déni, avis du 12 juin 2023
sexistes, sexuelles et intrafamiliales. Composée de parlementaires, de
magistrats, d’experts, de chercheurs, de représentants d’associations et des
collectivités territoriales, elle publiera chaque année un rapport rendant
compte, dans le ressort de chaque cour d’appel, des délais de traitement des
procédures, des taux de condamnation, de l’effectivité de l’accès aux
dispositifs de protection ainsi que des moyens humains et financiers
mobilisés. Il institue également, dans les collectivités régies par les
articles 73 et 74 de la Constitution et en Nouvelle-Calédonie, des
observatoires territoriaux dédiés et prévoit l’organisation d’enquêtes de
victimation permettant notamment d’évaluer le coût économique et social
de ces violences dans ces territoires.
Le titre II est consacré aux dispositions relatives à la police judiciaire,
à l’organisation judiciaire et au parcours des victimes.
Le chapitre Ier concerne les dispositions relatives à la police
judiciaire.
L’article 3 crée des unités spécialisées au sein de la police judiciaire
pour traiter les violences sexistes et sexuelles. Ces unités seront dédiées à
l’accueil des victimes et à la conduite des enquêtes, afin d’assurer une prise
en charge adaptée et efficace des violences sexuelles, sexistes et
intrafamiliales. Cet article rend également obligatoire la formation initiale
et continue des policiers et gendarmes à ces violences et impose la présence
d’au moins un agent spécifiquement formé dans chaque service pour
recueillir les plaintes.
L’article 4 vise à définir un socle d’actes d’enquêtes devant être
réalisés dans les affaires de violences sexuelles, sexistes et intra familiales,
afin d’éviter les classements sans suite.
Le chapitre II regroupe les dispositions relatives à l’organisation
judiciaire.
L’article 5 crée une organisation judiciaire adaptée à la prise en charge
des violences sexistes, sexuelles et intrafamiliales, afin de garantir une
prise en charge cohérente et adaptée de ces situations, tant sur le plan pénal
que civil. Il institue des formations spécialisées au sein des juridictions
pénales, ainsi qu’un juge des violences sexuelles et intrafamiliales,
compétent pour connaître des affaires pénales mais également de certaines
matières civiles, notamment les ordonnances de protection et l’exercice de
l’autorité parentale lorsque des violences sont en cause. Il crée également
un procureur spécialisé, chargé notamment d’assurer une orientation
cohérente des procédures et une meilleure articulation entre les différents
contentieux. Enfin, il prévoit une formation spécifique et obligatoire des
magistrats, greffiers et personnels judiciaires intervenant dans ces
juridictions.
L’article 6 adapte les règles de compétence territoriale afin de faciliter
l’accès à la justice, en permettant que les procédures puissent être engagées
devant les juridictions du lieu de résidence de la victime, lorsque celle-ci
est mineure.
Le chapitre III concerne le parcours judiciaire des victimes de
violences sexuelles, sexistes et intrafamiliales.
L’article 7 réserve les expertises, notamment psychologiques,
réalisées dans les procédures de violences sexuelles, sexistes et
intrafamiliales à des experts spécialement agréés par l’instance créée à
l’article 2. Il encadre strictement leur mission en leur interdisant tout
commentaire sur la crédibilité de la victime et en frappant de nullité les
expertises reproduisant des stéréotypes sexistes ou dépourvues de
fondement scientifique. Il écarte enfin des listes d’experts les personnes
poursuivies ou condamnées pour de telles violences
L’article 8 renforce la protection immédiate des victimes de violences
en élargissant les mesures pouvant être prononcées dans le cadre de
l’ordonnance de protection et en permettant au procureur de la République
de délivrer, en urgence et dans un délai de vingt-quatre heures, une
ordonnance provisoire de protection immédiate. Il renforce également la
protection des personnes victimes de prostitution, de proxénétisme ou de
traite des êtres humains.
L’article 9, relatif au procès, prévoit de supprimer la consignation
judiciaire et d’élargir l’aide juridictionnelle sans condition de ressources
pour les victimes d’agression sexuelle. Il prévoit aussi d’élargir la
possibilité pour les associations de se constituer partie civile, et intègre de
nouvelles infractions sexistes comme la diffusion d’images de viols ou
d’images intimes en ligne.
L’article 10 renforce la protection des victimes contre la diffusion en
ligne de contenus portant atteinte à leur dignité, à leur vie privée ou à leur
intégrité sans leur consentement. Il ouvre à la victime le droit de demander
au procureur de la République de saisir le président du tribunal judiciaire
afin qu’il prescrive toute mesure propre à faire cesser ou à prévenir le
dommage résultant d’une telle diffusion. Il complète à cette fin la loi pour
la confiance dans l’économie numérique en étendant le référé applicable à
ces atteintes et en donnant qualité au procureur pour le mettre en œuvre,
d’office ou à la demande de la victime.
L’article 11 interdit, tout au long de la procédure pénale, le recours
aux antécédents sexuels de la victime et aux investigations portant sur sa
crédibilité ou sa moralité, afin de garantir le respect de sa vie privée et de
sa dignité. Il renforce en outre la protection des mineurs victimes de
violences sexistes, sexuelles ou intrafamiliales en encadrant strictement les
confrontations avec la personne mise en cause. Il pose le principe qu’une
telle confrontation ne peut être organisée qu’en cas d’accord de la victime.
Lorsqu’elle est néanmoins organisée, elle doit être entourée de garanties
spécifiques.
L’article 12 vise à renforcer les droits des victimes dès le dépôt de
plainte, en facilitant le recours à un avocat, en systématisant la possibilité
de déposer plainte dans un établissement de santé et en permettant, à la
demande de la victime, l’enregistrement audiovisuel de son audition, afin
de préserver sa parole et de limiter la répétition de son récit au cours de la
procédure.
L’article 13 met fin aux alternatives aux poursuites pénales pour les
auteurs de violences sexuelles.
Le titre III concerne le renforcement de la réponse pénale aux
violences sexuelles, sexistes et intrafamiliales.
Le chapitre Ier se concentre sur la répression des violences sexuelles.
L’article 14 supprime le devoir conjugal.
L’article 15 étend le principe de la prescription glissante à l’ensemble
des violences sexuelles, y compris celles commises contre des victimes
majeures.
L’article 16 renforce la répression des violences sexuelles en
introduisant de nouvelles circonstances aggravantes en matière de viol,
notamment lorsque les faits sont commis avec préméditation ou lorsqu’ils
sont sciemment enregistrés. Il prévoit également que le cumul de plusieurs
circonstances aggravantes entraîne une aggravation du quantum de la
peine, jusqu’à trente ans de réclusion criminelle. Il aggrave par ailleurs les
peines encourues lorsque le viol a entraîné la mort de la victime ou
lorsqu’il est commis en concours avec un ou plusieurs autres viols commis
sur d’autres victimes. Enfin, il renforce la répression du meurtre lorsqu’il
est commis sur une personne qui se livre à la prostitution, y compris de
manière occasionnelle.
L’article 17 renforce la protection des mineurs de plus de quinze ans
contre les violences sexuelles commises par des majeurs dans un contexte
prostitutionnel. Il qualifie ainsi de viol les actes de pénétration sexuelle et
les actes bucco-génitaux ou bucco-anaux commis par un majeur sur un
mineur de plus de quinze ans en échange d’une rémunération, d’un
avantage en nature ou de leur promesse. Il qualifie d’agressions sexuelles
les atteintes sur mineur commises dans les mêmes circonstances. Il tire les
conséquences de ces nouvelles qualifications sur l’infraction de recours à la
prostitution d’un mineur. Par ailleurs, il abolit la clause « Roméo et
Juliette » issue de la loi du 21 avril 2021.
L’article 18 reconnaît explicitement les mutilations sexuelles
féminines parmi les violences visées par le code pénal et adapte en
conséquence les règles de prescription afin de renforcer la protection des
victimes et de faciliter les poursuites pour ces faits.
Le chapitre II est consacré à la lutte contre l’inceste.
L’article 19 consacre une définition autonome de l’inceste dans le
code pénal. Il précise les personnes dont le lien familial ou l’autorité peut
caractériser l’inceste, et distingue le viol et l’agression sexuelle incestueux.
Il prévoit également des peines spécifiques et aggravées. Cette nouvelle
définition permet de mieux reconnaître la spécificité et la gravité des
violences sexuelles commises dans le cadre familial, et d’assurer une
réponse pénale adaptée à leur particulière gravité.
L’article 20 élargit les dispositions du code civil relatives à
l’interdiction du mariage et du pacte civil de solidarité entre membres
d’une même famille, en étendant cette interdiction aux cousins germains.
Le chapitre III est consacré à la lutte contre les violences sexuelles et
sexistes en ligne.
L’article 21 vise, dans les cas de diffusion en direct d’actes sexuels
commandités à distance, à étendre la répression aux situations où l’auteur
fait commettre les faits à autrui. Il permet de mieux sanctionner les
commanditaires, y compris lorsque les infractions sont commises hors du
territoire national.
L’article 22 criminalise l’envoi non sollicité d’images ou de vidéos
représentant des organes génitaux. Cette mesure vise à mettre fin aux
pratiques de harcèlement sexuel par voie numérique, en sanctionnant ceux
qui imposent des contenus à caractère sexuel sans le consentement de la
personne destinataire. Il prévoit également une aggravation de la peine
lorsque la personne destinataire est mineure.
L’article 23 crée une circonstance aggravante à l’outrage sexiste et
sexuel lorsqu’il a été commis au moyen d’un service de communication au
public en ligne ou par le biais d’un support numérique ou électronique. Il
améliore également la définition du harcèlement moral afin de réprimer les
comportements susceptibles de produire une dégradation des conditions de
vie de la victime, sans exiger que ces conséquences soient déjà réalisées.
L’article 24 crée une infraction autonome de traque furtive en ligne,
sanctionnant le fait de surveiller, localiser ou espionner quelqu’un via un
outil numérique sans son consentement.
L’article 25 adapte la répression du proxénétisme et de l’achat d’actes
sexuels aux pratiques en ligne. Il assimile au proxénétisme le fait d’aider ou
de servir d’intermédiaire dans la réalisation à distance d’actes sexuels
rémunérés, et crée une contravention réprimant l’achat de tels actes réalisés
par voie électronique. Il reconnaît enfin les mineurs qui en sont victimes
comme victimes de violences sexuelles, sans qu’une contrainte ait à être
établie.
L’article 26 précise que la diffusion d’images ou vidéos à caractère
sexuel doit se faire avec un consentement libre, spécifique, éclairé et
révocable, donné hors toute contrainte, pression ou menace. Il prévoit
également que le consentement donné pour la création d’un tel contenu ou
pour sa transmission à une personne déterminée n’emporte pas
consentement à sa diffusion.
L’article 27 renforce la répression des contenus sexuels truqués
(hypertrucages) créés par montage ou intelligence artificielle. Il complète le
code pénal pour réprimer, outre leur diffusion, la création ou la production
de tels contenus en vue de leur diffusion, et prévoit des circonstances
aggravantes lorsqu’ils sont mis en ligne, représentent une infraction
sexuelle ou sont réalisés en bande organisée. Il crée en outre deux
nouvelles infractions : l’une réprimant la représentation d’une infraction
sexuelle au moyen de l’avatar d’une personne utilisé sans son
consentement, l’autre sanctionnant la création ou la diffusion de modèles
algorithmiques spécialement conçus pour produire des contenus sexuels
représentant une personne sans son consentement, avec des peines
aggravées lorsque la victime est mineure ou en cas de commission en
bande organisée.
L’article 28 crée une sanction spécifique pour la création, la
modification, la diffusion ou le partage de contenu sexuel généré par
traitement algorithmique, lorsque celui-ci représente un mineur. Cette
mesure a pour but de lutter contre l’exploitation des jeunes à travers les
technologies numériques, en particulier dans un contexte d’usage d’outils
automatisés permettant la production rapide et massive de tels contenus.
L’article 29 renforce la peine lorsque l’infraction de « sextorsion » est
commise à l’encontre d’un mineur.
Le titre IV concerne les dispositions relatives à l’enfance.
L’article 30 institue un entretien individuel annuel pour chaque enfant,
dès la première année de l’école maternelle, afin d’évaluer son bien‑être, de
prévenir et de dépister toute forme de violence, dans un cadre confidentiel,
sécurisé et protecteur, y compris pour les enfants instruits à domicile.
L’article 31 pose le principe de l’accompagnement de l’enfant victime
de violences sexuelles, sexistes ou intrafamiliales par un avocat à tous les
stades de la procédure judiciaire, à travers le bénéfice de l’aide
juridictionnelle.
L’article 32 renforce la protection des mineurs victimes de prostitution
ou d’exploitation sexuelle en confiant aux services de l’aide sociale à
l’enfance une mission spécifique de repérage et d’orientation. Il garantit
également, lorsque leur situation l’exige, l’accès de ces mineurs à un
hébergement adapté et sécurisé.
L’article 33 vise à interdire de manière systématique l’exercice de
toute activité, rémunérée ou bénévole, susceptible de placer une personne
condamnée pour violences sexuelles en situation de contact avec des
mineurs. Il pose ainsi le principe du contrôle d’honorabilité pour toute
personne amenée à travailler, de manière rémunérée ou bénévole, avec des
enfants.
L’article 34 vise à renforcer la sécurité du parent protecteur en cas de
violences, en suspendant les poursuites pour non-représentation d’enfant
dès la saisine d’une juridiction aux fins de délivrance de l’ordonnance de
protection provisoire.
L’article 35 interdit dans la loi la résidence alternée ainsi que la
résidence principale des enfants fixée au domicile du parent auteur des
violences.
L’article 36 crée une ordonnance provisoire de protection immédiate
de l’enfant permettant au procureur de la République de statuer en urgence
sur les modalités d’exercice de l’autorité parentale en cas de danger
encouru par l’enfant. Cette ordonnance provisoire est ensuite confirmée ou
modifiée par le juge des enfants, sur le modèle de l’ordonnance de
protection qui existe pour les victimes majeures.
L’article 37 modifie les conditions de reconnaissance d’un enfant issu
d’un viol par l’auteur des faits.
L’article 38 lève l’obligation pour un enfant victime de violences
physiques ou sexuelles commises par l’un de ses parents de payer les frais
funéraires au moment du décès de celui-ci.
Le titre V concerne la lutte contre les violences sexistes et sexuelles au
sein de l’enseignement supérieur.
L’article 39 renforce la lutte contre les violences sexistes et sexuelles
dans l’enseignement supérieur en réformant les procédures disciplinaires
applicables aux enseignants-chercheurs et aux usagers. Il modifie la
composition des sections disciplinaires en faveur d’une meilleure
représentation des usagers, tout en préservant l’indépendance des
enseignants-chercheurs. Il améliore également la protection des victimes en
leur permettant, lorsqu’elles s’estiment lésées par des faits de violences
sexistes ou sexuelles, de saisir directement la section disciplinaire, de
demander la récusation d’un membre en cas de doute sur son impartialité et
de disposer d’un droit au recours contre la décision rendue. Il favorise, en
outre, une meilleure information des victimes sur l’engagement, le
déroulement et l’issue des procédures disciplinaires. Enfin, l’article assure
la cohérence avec les évolutions récentes du cadre juridique applicable à
l’enseignement supérieur en intégrant pleinement la prévention et la
répression des violences sexistes et sexuelles dans les dispositifs
disciplinaires, aux côtés notamment des faits de racisme, d’antisémitisme et
de discrimination, ainsi que dans les actions de formation et de
sensibilisation des établissements.
Le titre VI regroupe les dispositions relatives aux violences sexistes et
sexuelles au travail.
Le chapitre Ier est relatif à la prévention.
L’article 40 inscrit la prévention et la lutte contre les agressions
sexuelles, le harcèlement sexuel et les agissements sexistes parmi les
objectifs de la politique de ressources humaines dans la fonction publique
et parmi les thèmes obligatoires de la négociation collective, tant au niveau
de la branche que de l’entreprise. Il prévoit notamment que la négociation
de branche définisse les modalités de recueil, d’orientation,
d’accompagnement et de traitement des signalements.
L’article 41 développe la prévention des violences sexuelles et
sexistes dans le cadre professionnel. Il impose l’intégration de la prévention
des agressions sexuelles, du harcèlement sexuel et des agissements sexistes
dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP).
Il crée en outre un chapitre dédié à ces risques dans le code du travail,
prévoyant une information obligatoire des salariés sur la définition des
violences sexuelles et sexistes, les facteurs de risque, les mesures de
prévention et les dispositifs de signalement et d’accompagnement, une
information renforcée pour les personnels d’encadrement, ainsi qu’un rôle
d’orientation et d’accompagnement confié aux salariés désignés
compétents en matière de risques professionnels et au conseiller du salarié.
L’article 42 renforce le rôle du référent en matière de lutte contre les
agressions sexuelles, le harcèlement sexuel et les agissements sexistes dans
le cadre professionnel, en le rendant obligatoire dans les entreprises de plus
de 50 salariés et en l’étendant à la fonction publique. Il garantit à ce
référent un droit à la formation continue, financée par l’employeur et
permet qu’il puisse s’absenter pour se former sans pénalisation.
L’article 43 prévoit l’élaboration d’un document-type comportant les
droits et numéros utiles, afin de protéger les travailleurs à domicile contre
les agressions sexuelles, le harcèlement sexuel et les agissements sexistes.
Il prévoit en outre que la branche des particuliers employeurs définisse,
dans un délai de douze mois, les modalités de recueil, d’orientation,
d’accompagnement et de traitement des signalements.
Le chapitre II est relatif à la détection.
L’article 44 renforce la protection des salariés et des agents publics
victimes ou témoins de violences sexuelles et sexistes et encadre le
traitement de leurs signalements par l’employeur. Il protège contre toute
mesure de représailles les personnes ayant subi, refusé de subir ou
témoigné de tels faits. Il impose à l’employeur informé d’un signalement
d’en assurer la conservation, de conduire sans délai une enquête interne
entourée de garanties précises et de protéger les intéressés. Il assortit ces
obligations d’une pénalité financière en cas de manquement et ouvre à
l’auteur du signalement la possibilité de saisir l’inspection du travail
lorsque l’enquête lui paraît insuffisante.
Le chapitre III concerne l’accompagnement des victimes.
L’article 45 garantit que tout agent public victime de violences soit
informé de son droit à bénéficier de la protection fonctionnelle dès son
premier signalement.
L’article 46 crée, pour tous les agents publics et les salariés, une
autorisation d’absence rémunérée ou un congé pour effectuer des
démarches judiciaires, médicales, psychologiques, administratives, sociales
ou professionnelles liées à des situations de violences sexistes et sexuelles.
Le titre VII regroupe les dispositions relatives à la santé.
Le chapitre Ier concerne le signalement des violences sexistes et
sexuelles et la prise en charge des soins prodigués aux victimes.
L’article 47 renforce le dispositif de signalement des violences par les
médecins et les professionnels de santé en clarifiant les conditions de levée
du secret professionnel. Il précise les modalités selon lesquelles ces
professionnels peuvent informer le procureur de la République, en fonction
de la situation de la victime, et renforce la protection des mineurs en
imposant la transmission d’une information préoccupante lorsqu’ils sont en
danger. Enfin, il garantit une protection juridique aux professionnels qui
effectuent ces signalements de bonne foi.
L’article 48 vise à étendre le statut de lanceur d’alerte aux personnes
morales à but non lucratif afin de garantir la protection des défenseurs des
droits, en matière de violences sexistes et sexuelles.
L’article 49 supprime la phase de conciliation devant l’ordre des
médecins lorsque la plainte porte sur des violences sexuelles ou sexistes.
Dans ces situations, la plainte est transmise directement à la chambre
disciplinaire de première instance et le procureur de la République en est
informé sans délai.
L’article 50 renforce la formation des professionnels de santé en
intégrant, dans les orientations du développement professionnel continu, la
prévention et la prise en charge des violences sexistes et sexuelles, le
respect du consentement ainsi que l’identification et le signalement des
situations de violences. Il rend également obligatoire une action de
formation sur la prévention des violences sexistes et sexuelles au cours de
chaque période de développement professionnel continu et prévoit la
remise au Parlement, dans un délai de cinq ans, d’un rapport sur
l’intégration de ces thématiques dans la formation initiale des professions
de santé.
L’article 51 instaure une procédure de suspension provisoire, à titre
conservatoire, permettant au directeur général de l’agence régionale de
santé de suspendre immédiatement un professionnel de santé dont
l’exercice présente un risque grave pour la santé ou la sécurité des patients,
notamment en cas de risque d’agression sexuelle ou de viol. Il encadre les
modalités de cette suspension, prévoit l’information des autorités
compétentes et ouvre au professionnel concerné une voie de recours devant
le juge administratif.
L’article 52 instaure une interdiction automatique d’exercer pour tout
professionnel de santé, y compris en formation, condamné définitivement
pour des violences sexuelles ou sexistes lorsque cette condamnation est
inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou au fichier des auteurs
d’infractions sexuelles ou violentes. Il prévoit également les mesures
nécessaires à la mise en œuvre de cette interdiction, notamment la radiation
du tableau de l’ordre lorsque celle-ci est applicable.
L’article 53 renforce la prise en charge des victimes de violences
sexuelles en supprimant l’avance de frais, le reste à charge et les
dépassements d’honoraires pour les actes médicaux et les soins consécutifs
aux violences subies, ainsi que pour les parcours de soins dédiés. Cette
prise en charge s’applique quelle que soit la date des faits, même en
l’absence de dépôt de plainte.
L’article 54 prévoit la création d’un centre de prise en charge
pluridisciplinaire des victimes de violences sexuelles dans chaque
département et collectivité régi par l’article 73 de la Constitution. Ces
centres assurent une prise en charge médicale, psychologique et
médico-légale, permettent le dépôt de plainte sur place et garantissent la
conservation des prélèvements, même en l’absence de plainte. Ils
s’appuient sur une coopération avec les associations spécialisées et font
l’objet d’un suivi annuel de leur financement, transmis au Parlement.
L’article 55 crée un parcours de soins coordonné pour les mineurs
victimes de violences sexuelles afin de garantir la prise en charge de leurs
symptômes psychotraumatiques. Il prévoit une prise en charge intégrale de
ce parcours par l’assurance maladie, sans dépassement d’honoraires ni
condition de dépôt de plainte.
L’article 56 inscrit la prise en charge des victimes de mutilations
sexuelles parmi les domaines pris en compte par la Haute Autorité de santé
dans l’élaboration de ses recommandations de bonnes pratiques.
L’article 57 précise que l’indemnisation des accidents médicaux prend
en compte les dommages physiques et psychiques subis par les victimes,
afin de garantir une meilleure reconnaissance de l’ensemble des préjudices,
notamment psychotraumatiques.
Le chapitre II est consacré aux violences obstétricales et
gynécologiques.
L’article 58 consacre l’exigence d’un consentement explicite et
différencié pour les actes et examens invasifs, notamment à caractère
intime, comme lors de l’accouchement. Il réprime le fait de pratiquer un
acte médical sans consentement ou malgré le refus de la patiente, hors
situation d’urgence. Il définit également les violences obstétricales et
gynécologiques et prévoit des sanctions lorsque des actes sont imposés sans
justification médicale, en dehors des bonnes pratiques, sans prise en charge
appropriée de la douleur ou dans des conditions portant atteinte à la dignité
de la patiente.
L’article 59 complète le code pénal afin de préciser que certains
crimes et délits, tels que la torture ou les actes de barbarie, le viol, les
agressions sexuelles et les violences, sont considérés comme aggravés
lorsqu’ils sont commis par un professionnel de santé dans le cadre d’un
suivi médical, notamment obstétrical ou gynécologique.
L’article 60 soumet les violences entraînant une stérilisation forcée
aux mêmes peines que les violences ayant entraîné une mutilation ou une
infirmité permanente. Il vise ainsi à reconnaître et sanctionner
spécifiquement les atteintes graves à l’intégrité physique et au
consentement des victimes.
Le titre VIII concerne la lutte contre les mariages forcés et la
protection des personnes vulnérables.
Le chapitre Ier concerne la lutte contre les mariages forcés.
L’article 61 renforce la protection des victimes de mariages forcés ou
non consentis en excluant, dans ces situations, la possibilité pour le juge
d’organiser le maintien de relations personnelles entre l’enfant et le parent
concerné. Il vise ainsi à éviter que l’exercice de l’autorité parentale ou le
maintien des liens avec l’enfant ne puisse prolonger une situation
d’emprise ou de violence. Cet article crée également une infraction
autonome de mariage forcé et renforce l’extraterritorialité du droit français
en permettant de réprimer le fait que des personnes retiennent des victimes
de mariage forcé dans un pays étranger.
Le chapitre II concerne la protection des personnes vulnérables.
L’article 62 interdit de prononcer une mesure d’obligation de quitter le
territoire français à l’encontre d’un étranger ayant déposé plainte pour des
faits de violence sexuelle tant qu’il n’a pas été définitivement statué sur sa
demande de titre de séjour et pendant toute la durée de la procédure pénale.
Il étend également le bénéfice de la carte de séjour temporaire portant la
mention « vie privée et familiale » aux étrangers ayant déposé plainte
notamment pour des faits de torture ou d’actes de barbarie, de violences
sexuelles, de mutilations sexuelles ou d’inceste, porte la durée de cette
carte d’un à deux ans et prévoit la délivrance d’une autorisation provisoire
de séjour pendant l’examen de la demande de carte de séjour.
L’article 63 permet d’autoriser l’accès au marché du travail au
demandeur d’asile ayant déposé plainte pour des faits de violence sexuelle
lorsque la France est responsable de l’examen de sa demande et que
celle-ci n’est pas examinée selon la procédure accélérée dans les cas prévus
par le droit de l’Union européenne. Il prévoit que la demande d’autorisation
de travail est présentée par le demandeur d’asile lui-même, selon des
modalités garantissant sa confidentialité fixées par décret en Conseil d’État.
L’article 64 garantit aux demandeurs d’asile victimes de violences
sexuelles et exposés à la menace de leurs auteurs un accès prioritaire à des
hébergements non mixtes, adaptés à leur besoin spécifique de mise à l’abri
et de sécurité.
L’article 65 prévoit que les conditions matérielles d’accueil ne
peuvent être refusées ou qu’il ne peut y être mis fin lorsque le demandeur,
victime de violences sexuelles et exposé à une menace de la part de l’auteur
des faits, subirait, compte tenu de cette menace, une atteinte
disproportionnée à sa situation personnelle. Il prévoit également que
l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ne peut
prendre une décision de clôture de l’examen de la demande d’asile d’un
demandeur ayant déposé plainte pour violences sexuelles sans avoir mené
un entretien préalable visant à évaluer l’existence d’un motif légitime lié à
une situation de danger, de violence ou de stress post-traumatique.
L’article 66 renforce la prise en charge des demandeurs d’asile
vulnérables, en particulier lorsqu’ils sont victimes de violences sexuelles. Il
étend l’évaluation de leur vulnérabilité à l’appréciation de leurs besoins de
soins et permet leur orientation vers un psychologue. Il leur ouvre un accès
prioritaire aux examens médicaux lorsque leur situation le justifie et prévoit
que ces examens, l’évaluation psychologique et les soins soient réalisés
avec leur consentement libre et éclairé, par des professionnels formés à la
prise en charge des victimes de violences et, si nécessaire, avec le concours
d’un interprète qualifié dans des conditions garantissant la confidentialité
des échanges.
L’article 67 renforce l’accès aux droits des personnes handicapées
victimes de violences sexistes ou sexuelles en permettant l’utilisation de la
prestation de compensation du handicap pour accomplir les démarches
juridiques et judiciaires liées aux violences subies. Il vise ainsi à lever les
obstacles matériels pouvant entraver leur accès à la justice et à garantir un
accompagnement adapté dans leurs démarches.
Enfin, le titre IX comprend les dispositions finales.
L’article 68 inscrit dans la loi une programmation budgétaire
pluriannuelle, en fixant à trois milliards d’euros par an, de 2027 à 2032, les
crédits de paiement consacrés à la lutte contre les violences sexuelles,
sexistes et intrafamiliales. Il définit le périmètre des dépenses couvertes,
allant de la justice et de la prévention aux soins, à la protection des victimes
et au soutien aux associations, et prévoit un suivi annuel au moyen d’un
document de politique transversale annexé au projet de loi de finances.
L’article 69 gage la présente proposition de loi.