Exposé des motifs : le texte par lequel les auteurs présentent et défendent leur proposition. C'est leur argumentation, reproduite telle quelle — pas une analyse indépendante.
MESDAMES, MESSIEURS,
La présente proposition de loi vise à moderniser et simplifier la
protection juridique des majeurs, dans une logique d’amélioration des
droits des personnes vulnérables, d’efficacité des mesures existantes et de
lisibilité du droit applicable. Elle s’inscrit dans le prolongement des
réflexions menées dans le cadre des États généraux de la justice, de la
concertation avec les professionnels de terrain (juges, mandataires, services
sociaux) et des apports de la proposition de loi « Bien vieillir. » ;
Malgré les évolutions introduites par la loi du 5 mars 2007 portant
réforme de la protection juridique des majeurs, plusieurs
dysfonctionnements persistent dans la mise en œuvre concrète des mesures
de protection, tant sur le plan procédural que matériel. Les familles, les
praticiens et les magistrats réclament des adaptations ciblées pour répondre
aux défis actuels : complexité des patrimoines, diversification des formes
familiales, accès limité aux outils de soutien, rigidité des passerelles entre
mesures, ou encore inadaptation de certaines règles aux réalités de terrain.
L’article 1er modernise la gestion des biens immobiliers des personnes
protégées. Il répond à une demande des juges des tutelles, confrontés à la
complexité croissante de certains patrimoines, en permettant la conclusion
de contrats de gestion immobilière par la personne chargée de la mesure de
protection. Cette pratique, déjà courante dans certaines familles, est
désormais encadrée juridiquement par la modification des articles 427, 498
et 500 du code civil, afin d’autoriser le reversement de loyers via des
comptes bancaires tiers et de garantir les compétences et la solvabilité du
gestionnaire.
L’article 2 facilite la communication d’informations entre les services
sociaux, le procureur de la République et le juge des tutelles, en cas de
danger pour une personne vulnérable. Il met fin aux blocages liés au secret
professionnel, en élargissant la levée de ce secret, déjà prévu dans en
matière de protection de l’enfance, aux situations de protection des
majeurs, par une modification coordonnée des articles 431 du code civil et
L. 411-3 du code de l’action sociale et des familles.
L’article 3 crée une passerelle procédurale entre les habilitations
judiciaires entre époux et les autres mesures de protection juridique
(curatelle, tutelle, habilitation familiale), afin de garantir l’application du
principe de subsidiarité prévu à l’article 428 du code civil. Ce mécanisme
évite les désistements ou non-lieux artificiels et permet au juge de
prononcer directement une mesure adaptée à la situation. Cette passerelle
est intégrée dans un nouvel article 432-1 du code civil, en remplacement
partiel des dispositions de l’article 494-3.
L’article 4 reprend notamment les dispositions de l’article 5 quater de
la proposition de loi Bien-vieillir et renforce la continuité des mesures de
protection en cas de décès ou de placement sous protection du tuteur ou du
curateur initial. Il permet la désignation d’un curateur ou tuteur de
remplacement, mesure largement demandée par les familles et les juges.
Enfin, il prévoit également les modalités d’entrée en fonction du
remplaçant, la substitution temporaire des MJPM en cas d’indisponibilité,
et adapte les articles 447, 448 et 454 en conséquence. Le texte adapte aussi
la terminologie aux réalités familiales contemporaines.
L’article 5 reprend notamment les dispositions de l’article 5 quinquies
de la proposition de loi Bien-vieillir et introduit un mandat de protection
future aux fins d’assistance, complémentaire du mandat existant aux fins de
représentation. Il vise à favoriser le recours aux dispositifs d’anticipation,
en rendant possible une protection plus souple, comparable à la curatelle.
Ce nouveau régime est précisé dans un nouvel article 478-1 du code civil.
L’article prévoit également la possibilité d’évolution du mandat en fonction
de l’état de santé du bénéficiaire, un alignement terminologique et une
meilleure prise en compte du mandat pour autrui. Il harmonise aussi les
conditions médicales requises, pour renforcer la sécurité juridique, en
prévoyant notamment que le certificat médical doit être circonstancié.
L’article 6 reprend notamment les dispositions de l’article 5 sexies de
la proposition de loi Bien-vieillir pour clarifier et adapter le régime de
l’habilitation familiale et de lever les freins à son usage. Il élargit la liste
des personnes pouvant être habilitées, aligne les régimes d’assistance et de
représentation sur celui des curatelles, introduit la possibilité de désigner un
habilité de remplacement, et permet la désignation d’un habilité ad hoc en
cas de conflit d’intérêts. Il clarifie également les cas de saisine du juge en
cas de difficulté, et instaure une passerelle descendante vers les mesures de
curatelle ou de tutelle.
L’article 7 précise le cadre juridique du registre des mesures de
protection créé par la loi Bien-vieillir, pour éviter des inscriptions
redondantes entre le registre général et le registre spécial des mandats de
protection future. Il adapte la base juridique de la création de ce registre à
la réalité technique et budgétaire, en remplaçant le décret en Conseil d’État
par un arrêté. Enfin, il reporte l’entrée en vigueur de ce registre à 2028 au
plus tard.
L’article 8 fait suite à la décision du Conseil constitutionnel
du 5 mars 2025 (n° 2024-1127 QPC) et prévoit l’information obligatoire de
la personne chargée de la mesure de protection par le médecin, lorsqu’une
mesure d’isolement ou de contention est renouvelée. Il harmonise
également les intitulés juridictionnels de l’article L. 3222-5-1 du code de la
santé publique.
L’article 9 étend aux habilités familiaux les dispositifs d’aide et de
soutien jusqu’ici réservés aux tuteurs et curateurs familiaux, dans le cadre
des mesures judiciaires. Il s’agit d’un levier concret pour mieux
accompagner les familles, alors qu’on constate une augmentation des
mesures d’habilitation familiale.
L’article 10 contient les dispositions nécessaires à l’application de la
loi dans les outre-mer, afin de garantir l’effectivité de la réforme sur
l’ensemble du territoire de la République.
L’article 11 comporte un gage financier afin de compenser, le cas
échéant, les charges pouvant résulter pour l’État de l’application de la
présente loi qui seront compensées à due concurrence par une majoration
des droits de consommation sur les produits du tabac.
Cette proposition de loi constitue une étape importante dans
l’adaptation de notre droit de la protection des majeurs aux réalités
sociales, médicales et économiques de notre société. Elle affirme un double
impératif de dignité et de sécurité juridique, en renforçant les droits des
personnes protégées tout en offrant aux familles, aux professionnels et aux
juridictions les outils dont ils ont besoin pour mieux accompagner.